Cure d'encre

Émeraude de Chivor (J. Herbin)

Éléments du test

  • Traits rapprochés + dilution au pinceau à réservoir d’eau : teste l’intensité de la couleur.
  • Nuages aux traits gras, normal, léger + dilution au pinceau à eau : teste les propriétés dans le cadre d’un dessin sommaire.
  • Traits gras, normal, léger + dilution au pinceau à eau : teste la solidité du trait selon la quantité d’encre appliquée.
  • Chromatographie : montre le cas échéant les couleurs sous-jacentes et le comportement sur un support mouillé (qui varie d’un échantillon à l’autre selon les quantités d’eau et d’encre utilisées et le type de papier).
  • Eau de Javel : montre la couleur qui résulte de l’application de javel ou la résistance de l’encre à cette substance.
  • Lavis : mélange d’une petite goutte d’encre et de deux grosses gouttes d’eau. Le tout appliqué avec un pinceau à eau.
  • Texte : montre la couleur pure et la variabilité du ton
  • Dessin : montre avec plus de détail le comportement de l’encre dans le contexte d’un dessin.

Papiers utilisés

  • Canson XL Mix Media 160 g (98 lb)
  • Arches aquarelle, grain torchon 300 g (140 lb) 100 % coton
  • Fabriano Acquarello, grana grossa 300 g (140 lb) 100 % coton
  • Fabriano à esquisse 110g (60 lb)
  • Rhodia, 80 g (21 lb)

Démonstration

Comme le montre le test des traits rapprochés, Émeraude de Chivor est une encre très généreuse sur le plan de la couleur.

Le trait de dessin n’a pas à être très foncé pour que l’encre réactivée avec un pinceau à eau couvre adéquatement le papier. Émeraude de Chivor permet de belles variations dans ce contexte. De plus, l’encre contient des paillettes dorées. Il faut donc bien agiter la bouteille si l’on veut obtenir cet effet en dessin. Mais même sans cet attribut, Émeraude de Chivor reste une encre au fort potentiel.

Émeraude de Chivor sur Canson XL Mix Media

L’application d’eau sur les lignes pâles et moyennes peut les faire disparaître complètement, à la façon de crayons aquarellables. Mais il est possible de conserver une ligne si elle est grasse ou si l’on n’insiste pas trop.

La chromatographie d’Émeraude de Chivor révèle une teinte rouille qui ressort aussi à l’écriture. Bien que la reproduction photographique sur le Web reste un peu hasardeuse, le support utilisé (ci-dessus Canson et ci-dessous Arches, Fabriano [300 g et 110 g] et filtre à café) fait ressortir des tons un peu différents.

Lorsqu’on dépose une goutte d’Émeraude de Chivor sur un support mouillé, l’encre chasse le liquide (comme Plains of Abraham), ce qui crée des bordures foncées si on n’étend pas l’encre avec un pinceau (voir les deux exemples sur Fabriano).

Chromatographie : Arches, Fabriano coton, filtre à café (eau pure et eau salée)

L’image ci-dessous a été prise en plein soleil (pour faire ressortir les paillettes) et elle est plus bleutée que l’encre elle-même, qui est plus près des images ci-dessus. On peut toutefois voir le pourtour rouille de la goutte d’encre et les paillettes dorées (qui ont ici un reflet plutôt argenté en raison d’une probable surexposition).

Chromatographie sur Fabriano 110 g

L’application de javel sur papier Arches réussit à peine à pâlir l’encre. Mais sur Fabriano ou Canson, même dans les zones foncées le colorant disparaît complètement.

Le texte est très lisible. Le ton varie peu mais la pointe Speedball A-5 utilisé sur papier Rhodia est très lisse et ne génère que peu de variation en général. Avec une plume plus généreuse, des nuances rouille apparaissent.

Émeraude de Chivor – pointe Speedball A-5 sur Rhodia

Ci-dessous, un mélange d’encre et d’eau appliqué au pinceau à réservoir d’eau et un tracé réactivé avec un pinceau à eau. Si l’on veut conserver la brillance des paillettes, il faut agiter l’encrier fréquemment quand on utilise un pinceau.

Lavis Émeraude de Chivor et traits à l’eau de Javel sur Canson

Malgré une chromatographie relativement imprévisible, Émeraude de Chivor possède des propriétés qui en font une encre adaptée au dessin et au lavis. Avec ou sans paillettes dorées*, c’est une teinte riche. Un peu trop peut-être, car il faut bien maîtriser sa réactivation, qui a tendance à produire un lavis uniforme et fortement coloré, même près de traits moyens.

*Pour dessiner et conserver les paillettes, il est préférable
d'utiliser une plume fontaine plutôt qu'un porte-plume.

La montagne ci-dessous est un exemple de lavis peu maîtrisé. Aussitôt que le pinceau à eau touche aux traits, il absorbe une bonne quantité d’encre qu’il est facile d’étendre, au détriment de belles nuances. Si l’on s’applique, il est toutefois possible d’obtenir un certain dégradé (arbre de droite). L’encre est aussi utile pour couvrir de petites surfaces unies ou si l’on ne suit pas les traits, comme pour le feuillage de l’arbre de gauche.

Traits réactivés au pinceau à eau sur Fabriano 110 g

Somme toute, cette encre à la teinte entre le bleu et le vert, avec ses flaques rouille et ses paillettes, s’avère polyvalente et généreuse. Elle reste un peu capricieuse, mais utilisée avec parcimonie, elle mérite une place dans une collection d’encre, ne serait-ce que pour la beauté de l’encrier.

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